La Light Painting et le propos

Nous avions évoqué la technique de la Light Painting dans l’article sur les Light Drawings de Picasso.

Certaines œuvres élaborées avec cette technique, notamment par des artistes célèbres, nous ont poussé à faire un petit historique critique.

Tout d’abord, des liens vers deux excellents sites retraçant l’histoire de la Light Painting (en anglais) :

1. Une approche du propos

La technique de l’impression lumineuse, ou Light Painting, naît dès les débuts de la photo comme une technique naturellement inérente à cette dernière. Le travail des photographes Etienne-Jules Marey et Georges Demeny en sont un bon exemple (1889)

Il faut cependant attendre Franck Gilberth en 1914 pour voir apparaître le propos. Propos qui réapparaîtra dans les oeuvres de Man Ray (1935), Gjon Mili (1947 – qui fera participer notamment Pablo Picasso et Henri Matisse), Elen Carey (1975), Mike Mandel (1980), comme autant de visions de précurseurs, bien que ce ne soit pas central dans leur travail.

Ce sont des apparition brèves, motivées souvent plutôt par une démarche techniciste ou littéraire (onirique, spirituelle) rarement plastique, comme plus récemment Christina Salinas (1989) et Chanette Manso (1991).

Cependant parmi les derniers light painters utilisant le propos, on peut citer le travail remarquable de Patrick Rochon et de Aurora Crowley qui, depuis le milieu des années 1990, ont fait de leur propos le centre plastique de leur démarche. Nous publierons à l’avenir un article sur leur travail.

Frank Gilbreth : Work Simplification Study (1914)

Frank Gilbreth : Work Simplification Study (1914)

Man Ray, Space Writing, 1935

Man Ray, Space Writing, 1935

Gjon Mili, Figure Skater Carol Lynne, 1945

Gjon Mili, Figure Skater Carol Lynne, 1945

 

 

 

 

 

Gjon Mili, Collaboration avec Picasso, 1949

Gjon Mili, Collaboration avec Picasso, 1949

Gjon Mili - Collaboration avec Matisse, 1949

Gjon Mili – Collaboration avec Matisse, 1949

Ellen Carey, Self-portrait, 1975

Ellen Carey, Self-portrait, 1975

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mike Mandel, 1980

Mike Mandel, 1980

Christina Salinas, 1989

Christina Salinas, 1989

Chanette Manso, 1991

Chanette Manso, 1991

Patrick Rochon, 1996

Patrick Rochon, 1996

2. Une technique photographique, pas un propos plastique

Cependant il ne suffit pas d’avoir une technique originale pour créer le propos, il faut aussi que la démarche de l’artiste soit plastique. La technique ne donne pas nécessairement le propos : ainsi, de nombreux artistes de la Light Painting manquent le propos, parfois de peu, voire sont carrément dans une démarche aplastique.

Démarche technique n’est pas démarche plastique.

C’est notamment le cas de Man Ray qui, alors qu’il produit des photographies plastiquement très intéressantes, s’intéresse lui au fait d’écrire son nom dans l’espace, achevant une démarche duchampienne dans laquelle il loupe ce qui aurait pu faire de lui l’artiste ayant découvert le propos.
Le travail de Gjon Mili quant à lui est bien davantage techniciste et orienté vers le mouvement et des superpositions dans lesquelles il perd le propos.
De 1930 à 1970 la production de la Light Painting est très majoritairement abstraite, sous l’influence de la création picturale contemporaine. C’est entre autre le travail de Barbara Morgan et Laszlo Moholy-Nagy (années 1940), Herbert Matter (années 1950) et Alan Jaras (années 1960).

Gjon Mili, Nude Descending Staircase, 1950

Gjon Mili, Nude Descending Staircase, 1950

Barbara Morgan, 1940

Barbara Morgan, 1940

Herbert Matter, 1953

Herbert Matter, 1953

Alan Jaras, 1967

Alan Jaras, 1967

 

 

 

 

 

 

 

 

A partir des années 1970, l’influence du Pop-art aiguille la Light Painting vers plus de surréalisme. David Lebe (1976) travaille sur les contours des silhouettes dans la représentation et s’éloigne du propos. Eric Staller (1976) crée des vues oniriques, loin d’une démarche plastique, de même que Dean Newel Chamberlain (1977), John Hesketh (1985), Robo Kočan (1986) et Troy Paiva (1989)

Ni propos, ni plastique : David Lebe, 1976

Ni propos, ni plastique : David Lebe, 1976

Ni propos, ni plastique : Eric Staller, 1976

Ni propos, ni plastique : Eric Staller, 1976

Ni propos, ni plastique : Dean Newel Chamberlain, 1977

Ni propos, ni plastique : Dean Newel Chamberlain, 1977

Ni propos, ni plastique : John Hesketh, 1985

Ni propos, ni plastique : John Hesketh, 1985

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour conclure, on peut dire de la Light Painting qu’elle est une technique intéressante dont certaines productions ont produit des harmonies proches de celles du propos, mais qui n’a en elle-même aucune originalité formelle.
La plupart des applications qui en sont faites son plastiquement pauvres et versent dans des discours littéraires ou conceptuels. Seule une démarche prenant en compte ses possibilités plastiques au sein du propos font de la Light Painting une forme artistique pleinement accomplie.

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