Le Propos

Un propos plastique

Portrait de femme par Monique Stobienia (2002)

Portrait de femme par Monique Stobienia (2002)

Pour comprendre ce que c’est qu’un propos plastique, il faut vivre l’expérience du regard plastique. C’est une application directe d’un regard formaliste sur le monde, tant pour l’artiste que pour le spectateur. Ainsi, le regard plastique pousse à décrire l’harmonie interne d’une œuvre plastique, dans les rapports de forme, de couleur, de masse, de valeurs qui s’élaborent sous le pinceau du peintre et pour l’œil de tous.
C’est une évidence sans l’être : sous prétexte d’avoir vu rapidement et facilement quelques rapports, beaucoup tombent dans l’écueil de la suffisance et croient avoir tout compris avec ce qui, pour nous, est le niveau d’un débutant.
Bien que la perception plastique repose sur un commun des perceptions sensitives, notamment visuelle, elle se distingue violemment des perceptions émotionnelles et conceptuelles, autres champs communs de la beauté.
Elle est pourtant souvent confondue, occultée voire remplacée par ces derniers dans des images littéraires, donnant naissance alors à des œuvres dites « visuelles » sans aucune teneur réellement plastique.

La création plastique est la recherche de rapports et d’équilibres visuels nouveaux. Pour un artiste peintre ou sculpteur, ou une époque, le propos plastique est le fruit de cette recherche.

Autoportrait de l'artiste Jacques Villon, 1942

Autoportrait de l’artiste Jacques Villon, 1942

Une histoire plastique

Un propos plastique rassemble donc une « gamme » de formes, de canons, de contraintes ou de libertés formelles, et est le fruit d’un ou plusieurs artistes, voire d’une ou plusieurs périodes ou aires géographiques.
Des exemples dans l’histoire européenne de la création plastique ne manquent pas, tel un propos pictural de l’aplat de masses d’Engerrand Quarton à Mondrian, ou un propos gestualo-atmosphérique de Titien à Monet. Certains mouvements comme l’Impressionnisme ou le Cubisme recoupent un propos plus large, mais sont de bons indicateurs d’une recherche plastique originale.

Une plastologie

Parallèlement à la pratique plastique qui est depuis la naissance de l’Humanité le domaine des peintres et des sculpteurs, la plastologie se veut l’étude théorique de cette pratique, avec pour but l’épiphanie des rapports plastiques dans les oeuvres peintes et sculptées, et de l’existence d’une jouissance plastique distincte des autres. (ou dirait-on plastophanie)

Une plastologie est surtout, aujourd’hui, une façon de lutter contre l’obscurantisme scientifique et artistique qui s’est abattu ce siècle dernier sur les arts visuels.
Il n’existe dans la création contemporaine qu’une seule façon de percevoir : par le verbe. C’est à dire le support des perceptions émotionnelles et conceptuelle. L’oeil, le champ plastique, n’est plus une fin en soi mais simplement un moyen comme un autre. A ce titre, il est dévalorisé au profit d’une compréhension littéraire de l’art.

Mme Kupka Among Verticals - 1911

Mme Kupka Among Verticals – 1911

Ce « coup d’Etat des arts » s’explique dans la difficile histoire du schisme duchampien et l’avènement du pop-art dans les années 1960.
Si vous souhaitez approfondir cette passionnante histoire de la disparition plastique et de l’avènement de l’art dit « contemporain », nous vous recommandons chaudement le texte Dégoût Dada / Des goûts Derrida de T. Briault.

Un seul propos

De nos jours, dans un tel foisonnement décuplé d’arts d’images, et véritable désert de formes et de création plastique, quel propos pour ce début de 21e siècle ? Un seul.
Un seul, non pas au-dessus des autres mais bien tout seul car sans aucun autre. Tout autre « propos » n’est pas plastique, mais conceptuel ou émotionnel, par la production d’un certain pathos chez le spectateur ou encore par la citation – jamais par la production d’une sensation plastique neuve.

"Michel" par Fromanger - 1978

Portrait de M. Foucault par Fromanger – 1978.
Le propos est ici présent, mais n’est pas développé par l’artiste. Le propos ressurgit dans quelques autres œuvres de Fromanger dans les années 2000.

Ce propos se définit simplement : il s’agit, dans un portrait, d’une saillance formelle issue ou non du corps ou du visage, le recouvrant, l’accompagnant dans son harmonie ou le restructurant ou encore le déstructurant ; ces saillies sont des premiers plans qui placent la figure immédiatement en rapport avec l’espace qui l’entoure.
C’est un mariage post-moderne réussi entre formes classiques et formes abstraites.

Cependant, le propos se perd si 1. il y a un détachement spatial entre les formes abstraites et la figure, n’ayant plus de rapport plastique direct ensemble (ne sont qu’un fond abstrait par exemple, ou une grande forme recouvrant à l’inverse trop la figure jusqu’à la faire disparaître) ; 2. il n’est plus qu’une superposition de collages classique/abstrait. Ce n’est pas du Mondrian collé sur du David.

Ce propos offre une grande richesse et une grande liberté de création plastique car il reprend à son compte des vocabulaires plastiques de prime abord antagonistes et les réinvente, les décline sans jamais simplement que les citer.

Homme à l'échafaudage - 1979

Portrait d’homme par Thierry Briault, inaugurant la prise de conscience du propos par l’artiste. 1979

Aux origines de ce propos, il y a de nombreux précurseurs, dont nous présentons certaines oeuvres appartenant au propos, soit par hasard soit comme une étape dans leur recherche éclairée.
Dans les inspirateurs de ce propos post-abstrait, il y a non seulement Jacques Villon mais aussi Kupka, Giacometti et Mondrian.

Mais c’est entre 1979 et 1982 que Thierry Briault et Monique Stobienia prennent conscience de l’originalité de ce propos et de son importance dans l’histoire des formes. Ils le développent durant quarante ans, jusqu’à nos jours, riches de l’héritage des frères Villon et Duchamp-Villon, de l’Ecole de Puteau et de René Pradez.

unseulpropos.fr existe pour démontrer l’existence réel de ce propos et de la circulation des formes malgré le naufrage plastique de notre temps, pour montrer sa popularisation progressive autonome et anarchique, via les nouveaux média, car il s’agit là d’une importance vitale et historique pour l’avenir artistique d’un monde qui perd peu à peu sa sensibilité première.

Pour aller plus loin :
Le Propos plastique : une définition
Dégoûts Dada / Des goûts Derrida
S’engager dans la plastique pure
Les règles pragmatiques de la plastique pure

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